|
Nous avons
demandé à l'abbé Paul Bonnet,
curé du Pertuis, historien local, et familier des
archives, de nous parler de notre église. Il nous a
confié une série d'articles qu'il avait
écrits pour la revue "Chez Nous". Nous nous empressons d'en reproduire de
larges extraits et nous le prions de voir dans cette page
l'expression de notre considération et de notre
gratitude.
|
1 / Les
origines
C'est autour des
années 1840-1842 que naquit le projet
d'érection d'une succursale, c'est ainsi
qu'à cette époque on désignait
les paroisses. C'est donc à cette
époque que les habitants du Pertuis et des
villages voisins décidèrent, avec
l'autorisation tacite de l'évêque du
Puy, de créer une paroisse.
Pour faire une paroisse,
il faut un édifice du culte, disons une
église capable de rassembler les
fidèles pour la prière. En ce sens,
le village du Pertuis n'est pas complètement
démuni.
Toutefois, il faut se
souvenir que dès la fin du 13ème
siècle, les religieux Antonins avaient
établi un hôpital au col du Pertuis
pour y accueillir les voyageurs , les
pèlerins et les malades atteints du mal des
"Ardents". Ces religieux possédaient
contiguë à leur communauté une
chapelle que l'on pourrait situer à
l'emplacement du choeur actuel de
l'église.
Lorsque ces religieux quittèrent le
Pertuis, vers le 15ème siècle, ils
gardèrent le droit d'exercer leur
autorité sur leur patrimoine pertuisien
depuis leur commanderie sise à Montferrand,
près de Clermont. Par la suite, ce
patrimoine dont les revenus étaient plus que
modestes, fut acquis par le seigneur Claude
Polaillon de Glavenas. Ces tractations
immobilières eurent lieu le 27 Avril 1695.
|
2 / Première
chapelle
Que comprenait ce patrimoine ? Nous en avons une
description :
"Une petite chapelle dans un lieu affreux et
désert où on est obligé de
faire dire la messe toutes les festes et dimanches
avec pour revenu 15 settiers de seigle, cinq
quartes de froment et environ quatre settiers
d'avoine.
Une petite maison avec un jardin pour loger le
prieur.
Deux près pleins de rochers.
Un petit bois de pins...
S'ajoute une petite grange pour recevoir les
redevances en nature entre l'église et ce
bois.
Cette petite chapelle dont il ne reste que
quelques éléments du choeur sera donc
l'embryon de l'édifice construit oar la
suite vers 1844.
Les Glavenas mirent tout leur coeur à
entretenir cette bâtisse et c'est dans le
choeur que fut inhumé en 1699 Claude
Polaillon de Glavenas qui résidait en son
château du Champ près de
Saint-Hostien.
|
|
3 / De la Révolution à
la Restauration
Par la suite, un prêtre, non titré,
exerçait son ministère au Pertuis et
célébrait la messe les dimanches et
jours de "feste". On sait que les habitants du
village et eux seuls, se faisaient enterrer dans le
petit cimetière, près de
l'église, à l'emplacement actuel de
l'église ; c'est ce qui explique que dans
les années 1970-1980, lors des travaux
d'assainissement du bourg, des sépultures
ont été découvertes en ces
lieux.
Au début de la Révolution , le
curé Abrial de Saint-Hostien prêta le
serment de la Constitution Civile du Clergé.
De ce fait, il n'avait pas la faveur de la plupart
de ses paroissiens qui préféraient
s'adresser au Chapelain de Queyrières,
l'abbé Jacques Perbet, réfractaire.
Ce dernier fut dénoncé,
arrêté, et fusillé au bord de
la route , à Lachamp, alors qu'il
était conduit au Puy pour y être
guillotiné.
Après la Révolution, le Concordat
Napoléonien faisait cesser toutes les
turbulences dont avait eu à souffrir
l'Eglise de France.
Sous le 1er Empire et la Restauration , l'Eglise
se remettait de ses ruines matérielles et
morales. Le sentiment religieux peut s'exprimer
librement. L'Etat prend en charge la vie
matérielle du clergé, du moins les
curés de paroisses qu'on nomme
"desservants".
|
4 / Huit Avril 1844
Les vocations religieuses et sacerdotales sont
nombreuses. On restaure les églises
meurtries et profanées par la
Révolution. On crée de nouvelles
paroisses. C'est dans cette mouvance que les
habitants du Pertuis décident d'obtenir leur
autonomie par rapport à la paroisse
mère, c'est-à-dire Saint-Hostien.
Pour cela il fallait un lieu de culte convenable et
... un desservant. Cependant, il faut se souvenir
que la chapelle du Pertuis et ses
dépendances, logement du prêtre,
dénommé "prieur", était
toujours un bien appartenant aux Glavenas.
Cette famille avait quitté Le Pertuis
depuis longtemps et n'avait plus d'ambitions sur
les terres du Pertuis. C'est en 1844 que va se
produire un événement qui va marquer
profondément l'histoire du village. Le 8
Avril 1844, M. Hercule de Glavenas, docteur
à Aurillac, va vendre le patrimoine qu'il
détient au Pertuis, c'est-à-dire la
chapelle et ses dépendances, à une
association de 10 chefs de famille. Chaque famille
doit verser 120 francs.
Voici la liste de ces 10 familles à qui
nous devons de posséder ce patrimoine
religieux : Etienne Riouffrait, Ch. Besset, Joseph
Charra, G. Marcon, Antoine Mijolla, Mathieu
Villevieille, J.P. Villevieille, J.P. Gamon,
Jacques Jourde et Baptiste Sauron. Sans plus
attendre, ces familles aidées de la
population entreprennent de restaurer
l'édifice religieux qui, quelques
années plus tard, deviendra l'église
paroissiale.
|
|
5 / L'abbé Michel
Nous sommes en 1844 et notre pays traverse une
crise sociale, politique et économique
très grave. L'affaiblissement du pouvoir
royal (Louis Philippe) conduit à la
révolution de 1848. La Monarchie cède
la place à la Deuxième
République. C'est précisément
sous ce régime républicain que va
naître la nouvelle paroisse du Pertuis. La
création de cette structure
ecclésiastique sera l'oeuvre d'un
prêtre hors du commun, l'abbé
Jean-baptiste Vincent MICHEL. (1802-1892).
Il était natif de Raucoules, berceau
d'une famille qui a donné à l'Eglise
et à la société des
prêtres, des hommes politiques, des
magistrats, des médecins etc.
A l'époque des événements
précités, il était vicaire
à la paroisse des Carmes au Puy. Il
terminera sa carrière à
Saint-Just-Malmont en 1892. Au soir de sa vie, il
en fera le récit . Voici ce qu'il
écrit au sujet de sa nomination au Pertuis
où l'attendait le chantier de
l'église paroissiale.
"J'étais bien accoutumé au Puy
, lorsque sa Grandeur, Mgr de Morlhon , m'offrit le
poste du Pertuis, paroisse nouvellement reconnue,
où tout était à
créer... Je me présentais devant Mgr
de Morlhon qui me délivra les lettres de
juridiction, et comme tout était à
faire dans mon nouveau poste, distrait de la
paroisse de Saint-Hostien et presque égal en
population, il voulut bien me laisser mon titre de
vicaire aux Carmes, avec les émoluments
adhérents ; ce petit privilège me
valut, pour mes oeuvres du Pertuis, un secours
d'environ 200 F."
|
6 / Du Puy au Pertuis
"Mon départ fut fixé pour le 28
Juillet 1849 : c'était un samedi. M.
Bonhomme voulut bien se charger de son
installation. dans l'après-midi, il m'arriva
18 cavaliers et le Pére Tempère, en
tête avec sa voiture. Cette cavalcade
triomphale nous conduisit à travers le
faubourg Saint-Jean et le bourg de Charensac
où j'avais exercé mon saint
ministère. Les bonnes femmes quis se
trouvaient à leur poste, le carreau sur le
genoux, me criaient "Adioucha, paoure Mouchu
Michel" ; cet adieu sympathique m'arracha quelques
larmes.
Arrivés à Saint-Hostien, mes
cavaliers se proposaient de me faire une ovation
mais pour ne pas provoquer de dispute, je les priai
de passer sans bravade ; cependant on tira deux ou
trois coups de pistolet.
Au Pertuis la petite cloche de la nouvelle
église sonnait à toute volée
et tous mes nouveaux paroissiens du bourg
étaient accourus à notre rencontre.
Le Père Tempère nous conduisit
à son hotel où l'on nous avait
préparé des chambres ; d'ailleurs Mgr
de Morlhon m'avait consigné à
l'hôtel tempère où,
jusqu'à nouvel ordre, je devais vivre et
loger. Un banquet nous fut servi de la
manière la plus gracieuse, puis après
nos prières, nous prîmes un repos bien
désiré."
Le lendemain 29 Juillet 1849, Michel sera donc
installé curé du Pertuis, dans une
église qui, les mois suivants, allait
devenir un grand chantier. l'abbé Michel
allait en devenir le maître d'oeuvre et
l'architecte.
|
|
7/ Le chantier
Dès les premiers mois de son installation
au Pertuis , le curé Michel commença
par construire le presbytère. C'était
une tâche ingrate, mais il parvint à
ses fins grâce au bénévolat de
ses paroissiens, heureux d'avoir un curé sur
place. Malheureusement, le pasteur
zélé allait connaître une
épreuve de santé qui le contraignit
à restreindre ses activités de
bâtisseur.
Ayant retrouvé la santé,
l'abbé Michel se mit de nouveau à
l'oeuvre. Il fallait aborder les travaux de
restauration, je devrais plutôt dire les
travaux de construction de l'église, car
tout restait à faire.
On lit dans sa relation historique :
"Aussitôt guéri je m'occupai de
ma pauvre église : il s'agissait d'un
pavé pour qu'on pût la balayer et la
délivrer de la boue qui, par temps humide,
empêchait de se mettre à genoux. Que
faire pour cela ? J'engageai les habitants des
villages de ma paroisse à livrer tant de
toises de pavés selon l'importance de ces
mêmes villages ; pour le bourg, j'engageai 7
à 8 hommes valides, parmi lesquels il y
avait quelques maçons, puis muni d'aliments
et de quelques bouteilles de vin, je les conduisis
dans un communal, en précipice duquel se
trouvait une carrière de pierre facile
à extraire, très peu dure, mais
douée de la vertu de durcir en plein air ;
au bout de quelques jours notre église fut
pavée ; il fallut songer au plafond de
l'église ; pour ce travail encore plus
important, je me procurai quelques rouleaux de
sapin que je fis conduire à la scirie de Mr
de Bonneville, près du château de
cette bonne famille située sur la commune de
saint-Pierre-Eynac ;
|
8/ Le chantier (suite)
là on me fit scier des liteaux en
quantité suffisante, grâce à la
bienveillance de M. et Mme de Bonneville dont
j'avais surveillé le fils à
Monistrol, qui plus tard devint le gendre de la
famille Colomb du coin ; le père
Pissère, maître platrier à
Yssingeaux m'arriva avec deux ouvriers auxquels
j'adjoignis un nommé Oboyre, ex-soldat au
10ème ligne ; il m'avait été
désigné par un nommé
Lahaussois, soldat en congé du même
régiment ; ce dernier, vu son intelligence
et son adresse, me rendit les plus grands services
: menuisier, ébéniste et peintre
à la fresque, je le gardai toute
l'année à 1,50 F. par jour et la
table. Les arcs-boutants de la toiture furent
disposés de manière qu'on pût y
clouer des liteaux qui, placés en forme de
voûte, furent plafonnés avec du
mortier bâtard, c'est-à-dire un
composé de plâtre et de chaux du pays
; ce genre de plafond était plus solide et
craignait moins les variations de
température ; à la naissance de la
voûte, tout autour de l'église, fut
faite une corniche de la même manière
, qui produisit un très bel effet . Mes
quatre platriers mirent la plus grande
activité à ce travail , puis
Lahaussoit peignit la corniche. Au fond de
l'église, au-dessus de la porte principale,
j'établis une vaste tribune où
devaient s'installer pénitents et
pénitentes ; pour monter à cette
tribune je fis placer deux escaliers avec rampe qui
venaient aboutir au milieu de la tribune ;
là se trouvait un couloir en gradins par
lequel chaque membre de la congrégation
pouvait arriver à sa place ; des deux
côtés furent dressés des bancs
également en gradins ; cette tribune plut
beaucoup aux confrères pénitents et
aux gens de ma pauvre paroisse ; de chaque
côté de la porte d'entrée, je
fis placer les confessiaunnaux."
|
|
9/ Fin de séjour
Pendant son court séjour au Pertuis, le
curé Michel déploya beaucoup de
zèle à aménager son
église. Après le gros oeuvre de
construction, il fallait penser à la
décoration du sanctuaire. Il est bon de
rappeler que la nef de l'église était
limitée au midi par un mur sans ouverture.
La porte d'entrée n'était autre que
celle qui a été réouverte en
1998 sur le côté est de
l'édifice.
En 1851 sur proposition de son conseil de
fabrique, le curé décida de faire
disparaître les deux gros piliers qui de
chaque côté du choeur masquaient
l'autel.. On décida d'ériger à
leur place deux autels latéraux
dédiés à la Ste Vierge et
à St François Régis. On peut
penser que c'est à la place des deux autels
en marbre qui sont en place actuellement.
Deux ans plus tard, en 1853, il fut question de
construire un clocher et d'y installer une cloche
qui pourrait être entendue par les
fidèles convoqués aux offices. Mais
les fonds manquaient et Mr Michel devait faire face
à un remboursement d'emprunt de 1500 F
contracté auprès de Mr Mathieu,
secrétaire général de la
préfecture.
Nous le verrons par la suite, il faudra attendre
1904 pour voir s'édifier un clocher au
Pertuis.
Le pauvre curé n'était pas au bout
de ses peines. Il se heurta à
l'indifférence de ses paroissiens. Ce n'est
pas toujours aisé de diriger une paroisse
qui n'était qu'au début de son
existence.
On note dans la relation de l'abbé Michel
les causes de ses ennuis qui cessèrent avec
son départ pour St-Just-Malmont.
|
10/ Passation de pouvoirs
"Mon existence devint difficile au
Pertuis pour la raison qu'il s'engagea des
procès pour droits de pacage dans les
communaux. On comptait sur le territoire du Pertuis
4000 cartonnées de communaux, auxquels
avaient droit les différents villages ; je
leur conseillai (aux plaideurs) de ne pas dissiper
les ressources que leur offraient ces communaux,
mais de se les partager entre eux, d'en laisser
boiser une partie, de mettre en champ labourable ce
qui pouvait être cultivé et de changer
en prairie tout ce qui pouvait être
arrosé et produire du fourrage ; ils ne
voulurent rien entendre et, arrivé à
Saint-Just, j'y appris quelques temps, qu'ils
avaient payé des frais pour 6000 Francs ;
ils auraient pu avec cette somme construire une
école, se procurer une cloche, laquelle, des
hauteurs du Pertuis, aurait produit un très
bel effet. Toutefois quoiqu'ils n'eussent tenu
aucun compte de mes conseils ils étaient
bienveillants pour moi ; j'en fus pourtant
froissé et je leur parlai de mon changement,
alors ils m'offrirent de me créer une
prairie et un champ labourable autour du bourg.
Cette belle proposition m'ébranla un peu et
j'aurais peut-être cédé lorsque
je reçus ma nomination à
Saint-Just-Malmont."
A son départ pour Saint-Just-Malmont,
l'abbé Michel fut remplacé par
l'abbé Alirol qui était
secondé par un vicaire, l'abbé
Bonnet.
Dans les archives paroissiales, les successeurs
du premie curé du Pertuis n'ont rien
consigné sur l'église et les travaux.
Seules demeurent les délibérations du
Conseil de fabrique. Il faut préciser que le
Conseil de fabrique d'après le Concordat de
1802 avait pour rôle d'aider le curé
dans la gestion matérielle de la paroisse.
Ces Conseils de Fabrique disparurent à la
suite des lois de séparation de l'Eglise et
de l'Etat de 1906.
|
|
11 / Le clocher
Dès 1858 on envisagea de construire un
clocher. Pour cela, en 1872, 1874, on vend des
parcelles, on met de côté l'argent que
l'Etat a versé à la commune pour la
guerre de 1870. On veut agrandir l'église.
Une nouvelle tentative pour avoir un clocher
échoue...
On le voit, les habitants du Pertuis ne sont pas
pour autant découragés pour aboutir
au projet initial d'agrandir l'église et
d'édifier un clocher. Il faudra attendre
1904 pour que soit réalisé en plein
le projet vieux de 50 ans.
Pendant près d'un demi-siècle , la
jeune église du Pertuis était
dépourvue de clocher. Nous avons tout lieu
de croire qu'une cloche était toutefois
fixée près de l'église ou sur
un campanile provisoire. L'abbé Michel, le
premier curé du Pertuis parle de cette
cloche qui sonnait à toute volée lors
de son arrivée dans la paroisse. Pour la
petite histoire,je rappelle que cette cloche avait
été l'objet d'une querelle de
voisinage avec la paroisse-mère de
Saint-Hostien On a parlé de vol. Où
était la vérité ? Je n'ai
jamais bien su qui était le voleur, qui
était le volé. Toujours est-il que la
hache de discorde est bel et bien enterrée.
Puisqu'il était question de construire un
clocher à la fin du 19ème
siècle, l'abbé Antoine Doutre,
né à Monibrand en 1843, curé
de Léotoing, près de Blesle voulut
offrir une cloche à sa paroisse natale. Ce
qui fut fait en 1895. Cette cloche d'nviron 600 Kg
est celle qui est actuellement en position haute
dans le beffroi. Le clocher n'existant pas encore,
elle fut installée sur un echafaudage en
bois de la Vezolle. L'inauguration de cette cloche
donna lieu à des réjouissances
clôturées par un feu d'artifice.
C'était une première au Pertuis.
Cette cloche sonne actuellement la volée de
l'angelus trois fois par jour. Son nom est
Maria-Antonia, elle donne la note sol.
|
12 / Cloches
On relève sur ses flancs les inscriptions
suivantes : "Maria-Antonia" ; Marraine : Mlle Marie
Doutre de Monibrand , parrain : M. l'abbé
Antoine Doutre, donateur, M. Eugène Raveyre,
curé, M.Michel Tempere : maire. Fondue
à Robécourt (Vosges).
En 1897 de nouveaux projets sont
élaborés pour la construction du
clocher, mais ils ne peuvent aboutir. On les
reprendra en 1902. Pendant ce temps la cloche
suspendue sur la place, menace à chaque
instant de tomber. Le siècle se passera sans
la réalisation du projet. Il faudra attendre
1902 pour que l'architecte Verdier approuve le
projet. Le clocher avancerait de deux mètres
et le coût des travaux
s'élèverait à 7500 francs. On
a une réserve, on prévoit une coupe
de bois et des ventes de parcelles de communaux. En
1904 le clocher est terminé et le prix final
s'élève à 7325 francs. Le
surplus sera utilisé à des travaux
d'intérieur de l'église.
Maria-Antonia rejoindra dans le nouveau beffroi sa
soeur ainée. Ce sont ces deux cloches qui
sonneront le mobilisation en août 1914 et la
victoire en novembre 1918.
(...) Lorsque l'abbé Galland,
précédemment vicaire à Brives,
arrive au Pertuis, son souci est de redonner un peu
de jeunesse à l'édifice. Pour cela,
il donnera le meilleur de lui-même.
Pour cela il ne plaignit ni son temps ni sa
peine, en dépit d'une santé fragile.
Il voulut offrir au Pertuis un carillon digne du
clocher. Dans le beffroi il n'y avait que deux
cloches ; celle offerte par l'abbé Antoine
Doutre. Nous en avons déjà
parlé et la première cloche de
l'édifice, beaucoup plus petite et de
surcroit félée. M. l'abbé
Galland entreprit en 1927 de faire refondre la
cloche déficiente. Pour cela il confia
à l'entreprise Paccard d'Annecy-le-vieux le
soin de fondre cette cloche en y adjoignant la
petite cloche de l'assemblée du bourg.
|
|
13 / La cloche des heures
Cette nouvelle cloche accuse le poids de 306 Kg.
Elle donne la note Si . On relève sur ses flancs les
inscriptions suivantes : "Je suis née
d'une souscription organisée en 1927 par M.
Galland, curé du Pertuis. Je remplace ici ma
petite soeur partant : Laudate DOMINUM Omnes
Gentes. Je m'appelle Marie-Jeanne. Mon parrain
est M. Jean-Claude Mure, ma marraine Marie
Margerit. Ma devise est : prier pour mes
donateurs". Suivent les noms des donateurs :
Margerit François, Léon De Mijolla,
maire, Mure Jean-Claude, Mure Jules, Mercier
Antoine, Sabatier Pierre, Mercier, Perbet etc.
Après l'installation de la cloche fondue
en 1927, l'abbé Galland rêvait de
donner au beffroi du Pertuis une nouvelle cloche
qui commémorerait les heures douloureuses
qu'avait connu notre pays au cours de la Grande
Guerre. Pour réaliser ce projet le brave
pasteur comptait sur la
générosité de ses paroissiens
et surtout des familles ayant perdu un être
cher au cours du conflit.
L'appel du pasteur fut quelque peu
contesté. Cependant l'abbé Galland
arriva au but désiré.
C'est en 1930 que fut coulée à
Annecy, aux Ets Paccard, la grosse cloche, celle
qui sonne les heures. On lit sur ses flancs les
inscriptions suivantes : "Je pleure ceux qui
sommeillent par suite de la guerre de 1914-1918. Je
clame aussi la générosité des
colons canadiens partis du Pertuis.
Les Anciens Combattants, les ascendants,
veuves, et orphelins et autres parents et amis des
soldats.
Je pèse 1050 kg et donne la note Mi.
Mon nom est Rose. Mon parrain, Galland Joseph. Ma
marraine, Célestine Chalendard-Besset."
|
14 / Les vitraux
Une vieille carte postale datant de la guerre de
14 nous montre une sortie de messe ; nous y
remarquons que l'église était
dépourvue de vitraux. De simples
fenêtres laissaient filtrer la lumière
du jour.
Ce n'est qu'en 1919 que le curé Lhermet
commanda les premiers vitraux au maître
verrier du Puy, Charles Borie.
Leur dimension est de 190 x 90.
Chaque vitrail a été payé
280 F.
Près de la plaque des morts de la guerre,
il y a le vitrail de Jeanne d'Arc.
L'héroine de Domrémy est
représentée dans sa tenue de guerre
avc son étendard et son épée.
En face nous avons le vitrail de St
Jean-François-Régis enseignant un
groupe de paysans u Velay.
Près de l'autel de St Joseph, le vitrail
de St Barthélémy, le patron de la
paroisse. L'apôtre tient en mains un
coutelas. la tradition rapporte qu'il fut
écorché vif...
Dans le choeur, à gauche, le vitrail du
Sacré-Coeur.
On doit à l'abbé Galland la pose
de cinq autres vitraux. Ces vitraux ont
été commandés le 6 mai
1935 et posés le 5 novembre de la même
année. Ils ont coûté 5000 F.
Près de la chaire un grand vitrail
représente les quatre
évangélistes avec leurs
allégories respectives.
Au fond de l'église, deux petits vitraux.
L'un à droite rappelle la mission de
l'archange Raphaël accompagnant le jeune
Tobie qui sort de l'eau un gros poisson dont le
fiel devait servir de remède à son
père atteint de cécité.
|
|
15 / Encore des noms bien connus
... Les deux vitraux de la tribune : l'un d'eux
représente la crucifixion. Il a
été offert par la famille Margerit du
Grand Gour. L'autre représente le martyre
de St Théofrède, ou Chaffré,
abbé du Monastier, tué par le
Sarazins en 732. M. le curé Galland, natif
du Monastier, en fut le généreux
donateur.
Ce prêtre zélé ne
ménagea pas sa peine pour embellir son
église. Grâce à l'aide des
habitants de la paroisse et des Pertuisiens partis
au Canada au siècle dernier, il dota
l'édifice religieux d'un très bel
autel en marbre ainsi que d'une balustrade ou table
de communion en marbre également. Ces
meubles ont malheureusement disparu lors de la
réfection intérieure de
l'église en 1956.
Seul fut conservé le grand Christ qui est
face à la chaire. Il fut payé par la
famille Civier de l'Herm exilée au Canada
et revenue par la suite en Belgique. Les statues
datent également de cette période.
Outre les deux statues de la Vierge et de St Joseph
au-dessus de leurs autels respectifs, il faut
signaler aussi trois autres statues
proposées à la dévotion des
fidèles : Sainte Jeanne-d'Arc et Sainte
Thérèse de l'Enfant Jésus
patronnes secondaires de la France et au-dessus de
la porte latérale une très belle
statue en bois de St François d'Assise.
A la mort de l'abbé Galland,
l'abbé Jean Garde, agé de 41 ans,
venait de Monistrol-sur-Loire. Ce jeune
curé plein de dynamisme et animé
d'une foi profonde allait entreprendre de donner un
souffle nouveau à la paroisse.
Malheureusement, la maladie vint stopper son
zèle et il quittait ce monde en mars 1958.
|
16 / Derniers travaux
Pendant les deux premières années
de son passage au Pertuis, il entreprit de donner
une nouvelle jeunesse à son église.
Un autel en basalte et en granit remplaça
l'autel en marbre. La voûte en berceau fut
refaite à neuf, les murs enduits et
repeints. Les boiseries du choeur et les portes
repeintes en faux bois. Ces travaux furent
exécutés par les entreprises
Charbonnier pour la maçonnerie et Balduzzi
pour la peinture. Il y eut aussi beaucoup de
bénévolat.
L'abbé Henri Garde qui succéda
à son frère Jean en 1958 fit
exécuter la grande peinture murale dee
l'abside. Cette oeuvre magistrale est due au
pinceau d'un artiste de renommée mondiale,
Zigmund Dobrzzyky. Nous devons à ce
même artiste les 14 stations du chemin de
croix, sous forme de bas reliefs, en moulages de
terre cuite.
Ainsi donc, par étapes, notre
église paroissiale s'est embellie. Je ne
parlerai pas de la touche finale qui qui vit son
achèvement il y a deux ans. Le Pertuis peut
être fier de son église et de son
clocher qui "tel un doigt pointé vers le
ciel , montre aux hommes le Ciel qu'ils ont
à conquérir sur cette terre".
L'expression est de Monseigneur Brincard, notre
évêque venu pour l'inauguration des
travaux de restauration en juillet 1998.
Paul BONNET, Curé du
Pertuis.
|
|