Remonter Le pertuis en Auvergne Sommaire

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bataille

 

Nous avons demandé à l'abbé Paul Bonnet, curé du Pertuis, historien local, et familier des archives, de nous parler de notre église. Il nous a confié une série d'articles qu'il avait écrits pour la revue "Chez Nous". Nous nous empressons d'en reproduire de larges extraits et nous le prions de voir dans cette page l'expression de notre considération et de notre gratitude.

 

1 / Les origines

C'est autour des années 1840-1842 que naquit le projet d'érection d'une succursale, c'est ainsi qu'à cette époque on désignait les paroisses. C'est donc à cette époque que les habitants du Pertuis et des villages voisins décidèrent, avec l'autorisation tacite de l'évêque du Puy, de créer une paroisse.

Pour faire une paroisse, il faut un édifice du culte, disons une église capable de rassembler les fidèles pour la prière. En ce sens, le village du Pertuis n'est pas complètement démuni.

Toutefois, il faut se souvenir que dès la fin du 13ème siècle, les religieux Antonins avaient établi un hôpital au col du Pertuis pour y accueillir les voyageurs , les pèlerins et les malades atteints du mal des "Ardents". Ces religieux possédaient contiguë à leur communauté une chapelle que l'on pourrait situer à l'emplacement du choeur actuel de l'église.

Lorsque ces religieux quittèrent le Pertuis, vers le 15ème siècle, ils gardèrent le droit d'exercer leur autorité sur leur patrimoine pertuisien depuis leur commanderie sise à Montferrand, près de Clermont. Par la suite, ce patrimoine dont les revenus étaient plus que modestes, fut acquis par le seigneur Claude Polaillon de Glavenas. Ces tractations immobilières eurent lieu le 27 Avril 1695.

2 / Première chapelle 

Que comprenait ce patrimoine ? Nous en avons une description :
"Une petite chapelle dans un lieu affreux et désert où on est obligé de faire dire la messe toutes les festes et dimanches avec pour revenu 15 settiers de seigle, cinq quartes de froment et environ quatre settiers d'avoine.
Une petite maison avec un jardin pour loger le prieur.
Deux près pleins de rochers.
Un petit bois de pins...
S'ajoute une petite grange pour recevoir les redevances en nature entre l'église et ce bois.

Cette petite chapelle dont il ne reste que quelques éléments du choeur sera donc l'embryon de l'édifice construit oar la suite vers 1844.

Les Glavenas mirent tout leur coeur à entretenir cette bâtisse et c'est dans le choeur que fut inhumé en 1699 Claude Polaillon de Glavenas qui résidait en son château du Champ près de Saint-Hostien.

3 / De la Révolution à la Restauration

Par la suite, un prêtre, non titré, exerçait son ministère au Pertuis et célébrait la messe les dimanches et jours de "feste". On sait que les habitants du village et eux seuls, se faisaient enterrer dans le petit cimetière, près de l'église, à l'emplacement actuel de l'église ; c'est ce qui explique que dans les années 1970-1980, lors des travaux d'assainissement du bourg, des sépultures ont été découvertes en ces lieux.
Au début de la Révolution , le curé Abrial de Saint-Hostien prêta le serment de la Constitution Civile du Clergé. De ce fait, il n'avait pas la faveur de la plupart de ses paroissiens qui préféraient s'adresser au Chapelain de Queyrières, l'abbé Jacques Perbet, réfractaire. Ce dernier fut dénoncé, arrêté, et fusillé au bord de la route , à Lachamp, alors qu'il était conduit au Puy pour y être guillotiné.

Après la Révolution, le Concordat Napoléonien faisait cesser toutes les turbulences dont avait eu à souffrir l'Eglise de France.

Sous le 1er Empire et la Restauration , l'Eglise se remettait de ses ruines matérielles et morales. Le sentiment religieux peut s'exprimer librement. L'Etat prend en charge la vie matérielle du clergé, du moins les curés de paroisses qu'on nomme "desservants".

4 / Huit Avril 1844

Les vocations religieuses et sacerdotales sont nombreuses. On restaure les églises meurtries et profanées par la Révolution. On crée de nouvelles paroisses. C'est dans cette mouvance que les habitants du Pertuis décident d'obtenir leur autonomie par rapport à la paroisse mère, c'est-à-dire Saint-Hostien. Pour cela il fallait un lieu de culte convenable et ... un desservant. Cependant, il faut se souvenir que la chapelle du Pertuis et ses dépendances, logement du prêtre, dénommé "prieur", était toujours un bien appartenant aux Glavenas.

Cette famille avait quitté Le Pertuis depuis longtemps et n'avait plus d'ambitions sur les terres du Pertuis. C'est en 1844 que va se produire un événement qui va marquer profondément l'histoire du village. Le 8 Avril 1844, M. Hercule de Glavenas, docteur à Aurillac, va vendre le patrimoine qu'il détient au Pertuis, c'est-à-dire la chapelle et ses dépendances, à une association de 10 chefs de famille. Chaque famille doit verser 120 francs.

Voici la liste de ces 10 familles à qui nous devons de posséder ce patrimoine religieux : Etienne Riouffrait, Ch. Besset, Joseph Charra, G. Marcon, Antoine Mijolla, Mathieu Villevieille, J.P. Villevieille, J.P. Gamon, Jacques Jourde et Baptiste Sauron. Sans plus attendre, ces familles aidées de la population entreprennent de restaurer l'édifice religieux qui, quelques années plus tard, deviendra l'église paroissiale.

5 / L'abbé Michel

Nous sommes en 1844 et notre pays traverse une crise sociale, politique et économique très grave. L'affaiblissement du pouvoir royal (Louis Philippe) conduit à la révolution de 1848. La Monarchie cède la place à la Deuxième République. C'est précisément sous ce régime républicain que va naître la nouvelle paroisse du Pertuis. La création de cette structure ecclésiastique sera l'oeuvre d'un prêtre hors du commun, l'abbé Jean-baptiste Vincent MICHEL. (1802-1892).

Il était natif de Raucoules, berceau d'une famille qui a donné à l'Eglise et à la société des prêtres, des hommes politiques, des magistrats, des médecins etc.

A l'époque des événements précités, il était vicaire à la paroisse des Carmes au Puy. Il terminera sa carrière à Saint-Just-Malmont en 1892. Au soir de sa vie, il en fera le récit . Voici ce qu'il écrit au sujet de sa nomination au Pertuis où l'attendait le chantier de l'église paroissiale.

"J'étais bien accoutumé au Puy , lorsque sa Grandeur, Mgr de Morlhon , m'offrit le poste du Pertuis, paroisse nouvellement reconnue, où tout était à créer... Je me présentais devant Mgr de Morlhon qui me délivra les lettres de juridiction, et comme tout était à faire dans mon nouveau poste, distrait de la paroisse de Saint-Hostien et presque égal en population, il voulut bien me laisser mon titre de vicaire aux Carmes, avec les émoluments adhérents ; ce petit privilège me valut, pour mes oeuvres du Pertuis, un secours d'environ 200 F."

6 / Du Puy au Pertuis

"Mon départ fut fixé pour le 28 Juillet 1849 : c'était un samedi. M. Bonhomme voulut bien se charger de son installation. dans l'après-midi, il m'arriva 18 cavaliers et le Pére Tempère, en tête avec sa voiture. Cette cavalcade triomphale nous conduisit à travers le faubourg Saint-Jean et le bourg de Charensac où j'avais exercé mon saint ministère. Les bonnes femmes quis se trouvaient à leur poste, le carreau sur le genoux, me criaient "Adioucha, paoure Mouchu Michel" ; cet adieu sympathique m'arracha quelques larmes.

Arrivés à Saint-Hostien, mes cavaliers se proposaient de me faire une ovation mais pour ne pas provoquer de dispute, je les priai de passer sans bravade ; cependant on tira deux ou trois coups de pistolet.

Au Pertuis la petite cloche de la nouvelle église sonnait à toute volée et tous mes nouveaux paroissiens du bourg étaient accourus à notre rencontre. Le Père Tempère nous conduisit à son hotel où l'on nous avait préparé des chambres ; d'ailleurs Mgr de Morlhon m'avait consigné à l'hôtel tempère où, jusqu'à nouvel ordre, je devais vivre et loger. Un banquet nous fut servi de la manière la plus gracieuse, puis après nos prières, nous prîmes un repos bien désiré."

Le lendemain 29 Juillet 1849, Michel sera donc installé curé du Pertuis, dans une église qui, les mois suivants, allait devenir un grand chantier. l'abbé Michel allait en devenir le maître d'oeuvre et l'architecte.

7/ Le chantier

Dès les premiers mois de son installation au Pertuis , le curé Michel commença par construire le presbytère. C'était une tâche ingrate, mais il parvint à ses fins grâce au bénévolat de ses paroissiens, heureux d'avoir un curé sur place. Malheureusement, le pasteur zélé allait connaître une épreuve de santé qui le contraignit à restreindre ses activités de bâtisseur.

Ayant retrouvé la santé, l'abbé Michel se mit de nouveau à l'oeuvre. Il fallait aborder les travaux de restauration, je devrais plutôt dire les travaux de construction de l'église, car tout restait à faire.

On lit dans sa relation historique :

"Aussitôt guéri je m'occupai de ma pauvre église : il s'agissait d'un pavé pour qu'on pût la balayer et la délivrer de la boue qui, par temps humide, empêchait de se mettre à genoux. Que faire pour cela ? J'engageai les habitants des villages de ma paroisse à livrer tant de toises de pavés selon l'importance de ces mêmes villages ; pour le bourg, j'engageai 7 à 8 hommes valides, parmi lesquels il y avait quelques maçons, puis muni d'aliments et de quelques bouteilles de vin, je les conduisis dans un communal, en précipice duquel se trouvait une carrière de pierre facile à extraire, très peu dure, mais douée de la vertu de durcir en plein air ; au bout de quelques jours notre église fut pavée ; il fallut songer au plafond de l'église ; pour ce travail encore plus important, je me procurai quelques rouleaux de sapin que je fis conduire à la scirie de Mr de Bonneville, près du château de cette bonne famille située sur la commune de saint-Pierre-Eynac ;

8/ Le chantier (suite)

là on me fit scier des liteaux en quantité suffisante, grâce à la bienveillance de M. et Mme de Bonneville dont j'avais surveillé le fils à Monistrol, qui plus tard devint le gendre de la famille Colomb du coin ; le père Pissère, maître platrier à Yssingeaux m'arriva avec deux ouvriers auxquels j'adjoignis un nommé Oboyre, ex-soldat au 10ème ligne ; il m'avait été désigné par un nommé Lahaussois, soldat en congé du même régiment ; ce dernier, vu son intelligence et son adresse, me rendit les plus grands services : menuisier, ébéniste et peintre à la fresque, je le gardai toute l'année à 1,50 F. par jour et la table. Les arcs-boutants de la toiture furent disposés de manière qu'on pût y clouer des liteaux qui, placés en forme de voûte, furent plafonnés avec du mortier bâtard, c'est-à-dire un composé de plâtre et de chaux du pays ; ce genre de plafond était plus solide et craignait moins les variations de température ; à la naissance de la voûte, tout autour de l'église, fut faite une corniche de la même manière , qui produisit un très bel effet . Mes quatre platriers mirent la plus grande activité à ce travail , puis Lahaussoit peignit la corniche. Au fond de l'église, au-dessus de la porte principale, j'établis une vaste tribune où devaient s'installer pénitents et pénitentes ; pour monter à cette tribune je fis placer deux escaliers avec rampe qui venaient aboutir au milieu de la tribune ; là se trouvait un couloir en gradins par lequel chaque membre de la congrégation pouvait arriver à sa place ; des deux côtés furent dressés des bancs également en gradins ; cette tribune plut beaucoup aux confrères pénitents et aux gens de ma pauvre paroisse ; de chaque côté de la porte d'entrée, je fis placer les confessiaunnaux."

9/ Fin de séjour

Pendant son court séjour au Pertuis, le curé Michel déploya beaucoup de zèle à aménager son église. Après le gros oeuvre de construction, il fallait penser à la décoration du sanctuaire. Il est bon de rappeler que la nef de l'église était limitée au midi par un mur sans ouverture. La porte d'entrée n'était autre que celle qui a été réouverte en 1998 sur le côté est de l'édifice.

En 1851 sur proposition de son conseil de fabrique, le curé décida de faire disparaître les deux gros piliers qui de chaque côté du choeur masquaient l'autel.. On décida d'ériger à leur place deux autels latéraux dédiés à la Ste Vierge et à St François Régis. On peut penser que c'est à la place des deux autels en marbre qui sont en place actuellement.

Deux ans plus tard, en 1853, il fut question de construire un clocher et d'y installer une cloche qui pourrait être entendue par les fidèles convoqués aux offices. Mais les fonds manquaient et Mr Michel devait faire face à un remboursement d'emprunt de 1500 F contracté auprès de Mr Mathieu, secrétaire général de la préfecture.

Nous le verrons par la suite, il faudra attendre 1904 pour voir s'édifier un clocher au Pertuis.

Le pauvre curé n'était pas au bout de ses peines. Il se heurta à l'indifférence de ses paroissiens. Ce n'est pas toujours aisé de diriger une paroisse qui n'était qu'au début de son existence.

On note dans la relation de l'abbé Michel les causes de ses ennuis qui cessèrent avec son départ pour St-Just-Malmont.

10/ Passation de pouvoirs

 "Mon existence devint difficile au Pertuis pour la raison qu'il s'engagea des procès pour droits de pacage dans les communaux. On comptait sur le territoire du Pertuis 4000 cartonnées de communaux, auxquels avaient droit les différents villages ; je leur conseillai (aux plaideurs) de ne pas dissiper les ressources que leur offraient ces communaux, mais de se les partager entre eux, d'en laisser boiser une partie, de mettre en champ labourable ce qui pouvait être cultivé et de changer en prairie tout ce qui pouvait être arrosé et produire du fourrage ; ils ne voulurent rien entendre et, arrivé à Saint-Just, j'y appris quelques temps, qu'ils avaient payé des frais pour 6000 Francs ; ils auraient pu avec cette somme construire une école, se procurer une cloche, laquelle, des hauteurs du Pertuis, aurait produit un très bel effet. Toutefois quoiqu'ils n'eussent tenu aucun compte de mes conseils ils étaient bienveillants pour moi ; j'en fus pourtant froissé et je leur parlai de mon changement, alors ils m'offrirent de me créer une prairie et un champ labourable autour du bourg. Cette belle proposition m'ébranla un peu et j'aurais peut-être cédé lorsque je reçus ma nomination à Saint-Just-Malmont."

A son départ pour Saint-Just-Malmont, l'abbé Michel fut remplacé par l'abbé Alirol qui était secondé par un vicaire, l'abbé Bonnet.

Dans les archives paroissiales, les successeurs du premie curé du Pertuis n'ont rien consigné sur l'église et les travaux. Seules demeurent les délibérations du Conseil de fabrique. Il faut préciser que le Conseil de fabrique d'après le Concordat de 1802 avait pour rôle d'aider le curé dans la gestion matérielle de la paroisse. Ces Conseils de Fabrique disparurent à la suite des lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1906.

 

11 / Le clocher

Dès 1858 on envisagea de construire un clocher. Pour cela, en 1872, 1874, on vend des parcelles, on met de côté l'argent que l'Etat a versé à la commune pour la guerre de 1870. On veut agrandir l'église. Une nouvelle tentative pour avoir un clocher échoue...

On le voit, les habitants du Pertuis ne sont pas pour autant découragés pour aboutir au projet initial d'agrandir l'église et d'édifier un clocher. Il faudra attendre 1904 pour que soit réalisé en plein le projet vieux de 50 ans.

Pendant près d'un demi-siècle , la jeune église du Pertuis était dépourvue de clocher. Nous avons tout lieu de croire qu'une cloche était toutefois fixée près de l'église ou sur un campanile provisoire. L'abbé Michel, le premier curé du Pertuis parle de cette cloche qui sonnait à toute volée lors de son arrivée dans la paroisse. Pour la petite histoire,je rappelle que cette cloche avait été l'objet d'une querelle de voisinage avec la paroisse-mère de Saint-Hostien On a parlé de vol. Où était la vérité ? Je n'ai jamais bien su qui était le voleur, qui était le volé. Toujours est-il que la hache de discorde est bel et bien enterrée. Puisqu'il était question de construire un clocher à la fin du 19ème siècle, l'abbé Antoine Doutre, né à Monibrand en 1843, curé de Léotoing, près de Blesle voulut offrir une cloche à sa paroisse natale. Ce qui fut fait en 1895. Cette cloche d'nviron 600 Kg est celle qui est actuellement en position haute dans le beffroi. Le clocher n'existant pas encore, elle fut installée sur un echafaudage en bois de la Vezolle. L'inauguration de cette cloche donna lieu à des réjouissances clôturées par un feu d'artifice. C'était une première au Pertuis. Cette cloche sonne actuellement la volée de l'angelus trois fois par jour. Son nom est Maria-Antonia, elle donne la note sol.

12 / Cloches

On relève sur ses flancs les inscriptions suivantes : "Maria-Antonia" ; Marraine : Mlle Marie Doutre de Monibrand , parrain : M. l'abbé Antoine Doutre, donateur, M. Eugène Raveyre, curé, M.Michel Tempere : maire. Fondue à Robécourt (Vosges).

En 1897 de nouveaux projets sont élaborés pour la construction du clocher, mais ils ne peuvent aboutir. On les reprendra en 1902. Pendant ce temps la cloche suspendue sur la place, menace à chaque instant de tomber. Le siècle se passera sans la réalisation du projet. Il faudra attendre 1902 pour que l'architecte Verdier approuve le projet. Le clocher avancerait de deux mètres et le coût des travaux s'élèverait à 7500 francs. On a une réserve, on prévoit une coupe de bois et des ventes de parcelles de communaux. En 1904 le clocher est terminé et le prix final s'élève à 7325 francs. Le surplus sera utilisé à des travaux d'intérieur de l'église. Maria-Antonia rejoindra dans le nouveau beffroi sa soeur ainée. Ce sont ces deux cloches qui sonneront le mobilisation en août 1914 et la victoire en novembre 1918.

(...) Lorsque l'abbé Galland, précédemment vicaire à Brives, arrive au Pertuis, son souci est de redonner un peu de jeunesse à l'édifice. Pour cela, il donnera le meilleur de lui-même.

Pour cela il ne plaignit ni son temps ni sa peine, en dépit d'une santé fragile. Il voulut offrir au Pertuis un carillon digne du clocher. Dans le beffroi il n'y avait que deux cloches ; celle offerte par l'abbé Antoine Doutre. Nous en avons déjà parlé et la première cloche de l'édifice, beaucoup plus petite et de surcroit félée. M. l'abbé Galland entreprit en 1927 de faire refondre la cloche déficiente. Pour cela il confia à l'entreprise Paccard d'Annecy-le-vieux le soin de fondre cette cloche en y adjoignant la petite cloche de l'assemblée du bourg.

13 / La cloche des heures

Cette nouvelle cloche accuse le poids de 306 Kg. Elle donne la note Si . On relève sur ses flancs les inscriptions suivantes : "Je suis née d'une souscription organisée en 1927 par M. Galland, curé du Pertuis. Je remplace ici ma petite soeur partant : Laudate DOMINUM Omnes Gentes. Je m'appelle Marie-Jeanne. Mon parrain est M. Jean-Claude Mure, ma marraine Marie Margerit. Ma devise est : prier pour mes donateurs". Suivent les noms des donateurs : Margerit François, Léon De Mijolla, maire, Mure Jean-Claude, Mure Jules, Mercier Antoine, Sabatier Pierre, Mercier, Perbet etc.

Après l'installation de la cloche fondue en 1927, l'abbé Galland rêvait de donner au beffroi du Pertuis une nouvelle cloche qui commémorerait les heures douloureuses qu'avait connu notre pays au cours de la Grande Guerre. Pour réaliser ce projet le brave pasteur comptait sur la générosité de ses paroissiens et surtout des familles ayant perdu un être cher au cours du conflit.

L'appel du pasteur fut quelque peu contesté. Cependant l'abbé Galland arriva au but désiré.

C'est en 1930 que fut coulée à Annecy, aux Ets Paccard, la grosse cloche, celle qui sonne les heures. On lit sur ses flancs les inscriptions suivantes : "Je pleure ceux qui sommeillent par suite de la guerre de 1914-1918. Je clame aussi la générosité des colons canadiens partis du Pertuis.

Les Anciens Combattants, les ascendants, veuves, et orphelins et autres parents et amis des soldats.

Je pèse 1050 kg et donne la note Mi. Mon nom est Rose. Mon parrain, Galland Joseph. Ma marraine, Célestine Chalendard-Besset."

14 / Les vitraux

Une vieille carte postale datant de la guerre de 14 nous montre une sortie de messe ; nous y remarquons que l'église était dépourvue de vitraux. De simples fenêtres laissaient filtrer la lumière du jour.

Ce n'est qu'en 1919 que le curé Lhermet commanda les premiers vitraux au maître verrier du Puy, Charles Borie.

Leur dimension est de 190 x 90.

Chaque vitrail a été payé 280 F.

Près de la plaque des morts de la guerre, il y a le vitrail de Jeanne d'Arc. L'héroine de Domrémy est représentée dans sa tenue de guerre avc son étendard et son épée.

En face nous avons le vitrail de St Jean-François-Régis enseignant un groupe de paysans u Velay.

Près de l'autel de St Joseph, le vitrail de St Barthélémy, le patron de la paroisse. L'apôtre tient en mains un coutelas. la tradition rapporte qu'il fut écorché vif...

Dans le choeur, à gauche, le vitrail du Sacré-Coeur.

On doit à l'abbé Galland la pose de cinq autres vitraux. Ces vitraux ont été commandés le 6 mai 1935 et posés le 5 novembre de la même année. Ils ont coûté 5000 F. Près de la chaire un grand vitrail représente les quatre évangélistes avec leurs allégories respectives.

Au fond de l'église, deux petits vitraux. L'un à droite rappelle la mission de l'archange Raphaël accompagnant le jeune Tobie qui sort de l'eau un gros poisson dont le fiel devait servir de remède à son père atteint de cécité.

15 / Encore des noms bien connus

... Les deux vitraux de la tribune : l'un d'eux représente la crucifixion. Il a été offert par la famille Margerit du Grand Gour. L'autre représente le martyre de St Théofrède, ou Chaffré, abbé du Monastier, tué par le Sarazins en 732. M. le curé Galland, natif du Monastier, en fut le généreux donateur.

Ce prêtre zélé ne ménagea pas sa peine pour embellir son église. Grâce à l'aide des habitants de la paroisse et des Pertuisiens partis au Canada au siècle dernier, il dota l'édifice religieux d'un très bel autel en marbre ainsi que d'une balustrade ou table de communion en marbre également. Ces meubles ont malheureusement disparu lors de la réfection intérieure de l'église en 1956.

Seul fut conservé le grand Christ qui est face à la chaire. Il fut payé par la famille Civier de l'Herm exilée au Canada et revenue par la suite en Belgique. Les statues datent également de cette période. Outre les deux statues de la Vierge et de St Joseph au-dessus de leurs autels respectifs, il faut signaler aussi trois autres statues proposées à la dévotion des fidèles : Sainte Jeanne-d'Arc et Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus patronnes secondaires de la France et au-dessus de la porte latérale une très belle statue en bois de St François d'Assise.

A la mort de l'abbé Galland, l'abbé Jean Garde, agé de 41 ans, venait de Monistrol-sur-Loire. Ce jeune curé plein de dynamisme et animé d'une foi profonde allait entreprendre de donner un souffle nouveau à la paroisse. Malheureusement, la maladie vint stopper son zèle et il quittait ce monde en mars 1958.

16 / Derniers travaux

Pendant les deux premières années de son passage au Pertuis, il entreprit de donner une nouvelle jeunesse à son église.

Un autel en basalte et en granit remplaça l'autel en marbre. La voûte en berceau fut refaite à neuf, les murs enduits et repeints. Les boiseries du choeur et les portes repeintes en faux bois. Ces travaux furent exécutés par les entreprises Charbonnier pour la maçonnerie et Balduzzi pour la peinture. Il y eut aussi beaucoup de bénévolat.

L'abbé Henri Garde qui succéda à son frère Jean en 1958 fit exécuter la grande peinture murale dee l'abside. Cette oeuvre magistrale est due au pinceau d'un artiste de renommée mondiale, Zigmund Dobrzzyky. Nous devons à ce même artiste les 14 stations du chemin de croix, sous forme de bas reliefs, en moulages de terre cuite.

Ainsi donc, par étapes, notre église paroissiale s'est embellie. Je ne parlerai pas de la touche finale qui qui vit son achèvement il y a deux ans. Le Pertuis peut être fier de son église et de son clocher qui "tel un doigt pointé vers le ciel , montre aux hommes le Ciel qu'ils ont à conquérir sur cette terre".

L'expression est de Monseigneur Brincard, notre évêque venu pour l'inauguration des travaux de restauration en juillet 1998.

Paul BONNET, Curé du Pertuis.

 

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